Mounia Rkha, VC et femme entrepreneure

Posted on Posted in Interviews

Mounia Rkha (Schibsted Growth) (1)Après ses études en ingénierie, Mounia Rkha devient analyste chez Ventech, le fond d’investissement en capital risque français et est spécialisée dans le domaine des startups. Forte de cette expérience elle crée en 2012 MyDeal.ma, site de ventes groupées, au Maroc. Après quelques années elle décide de reprendre le chemin de l’investissement en France chez Schibsted, fond d’investissement norvégien, leader sur le marché des « classified », sites spécialisés dans les petites annonces comme LeBonCoin, Bikhir au Maroc.

Voici notre interview avec Mounia Rkha, VC (Venture Capitalist) et femme entrepreneure. Elle nous explique la création de MyDeal et son rôle en tant que VC chez Schibsted. Elle nous donne également des conseils utiles pour les femmes qui souhaitent créer leur entreprise.

TNW : Comment avez-vous eu l’idée de créer MyDeal? A quel moment avez-vous pris la décision de vous lancer dans l’aventure?

MR : C’est mon expérience chez Ventech et le monde des startups qui m’ont inspiré à créer MyDeal. MyDeal.ma  est une plateforme d’annonce et de bons plans au Maroc. C’est l’un des premiers sites d’achats groupés au Maroc. On y découvre des offres sur les restaurants, les hôtels, les voyages, le shopping. Le business model est très simple, basé sur le principe de commission sur les ventes.

Chez Ventech, mon job était de chercher des entreprises à fort potentiel dans lesquelles Ventech investissait pour accompagner leur développement. Grâce à cette expérience j’ai croisé de nombreuses sociétés innovantes, principalement dans le domaine de la nouvelle technologie. Une fois de retour au Maroc, par choix personnel, je ne voulais plus seulement suivre les startups mais devenir acteur de ma propre réussite. Pour ce faire, il me restait à trouver la bonne idée. Comme partout dans le monde j’ai constaté un potentiel dans la forte progression des ventes en ligne au Maroc. En ce qui concerne les achats groupés, le concept est simple : plus on est nombreux à acheter, plus le prix baisse. Afin de développer mon idée, il me restait à trouver des partenaires et des investisseurs.

Le site a connu un énorme succès et existe encore aujourd’hui. J’étais agréablement surprise par la manière d’entreprendre au Maroc, qui est assez similaire à la France finalement.

TNW : Comment vous différenciez-vous par rapport à la concurrence?

MR : Il n’y avait pas vraiment de concurrent lors de la création de MyDeal. Groupon est un concurrent mais il est arrivé beaucoup plus tard que nous sur le marché. Nous étions déjà bien installés.

TNW : Pourquoi êtes-vous revenue en France? Comment êtes-vous arrivée chez Schibsted ?

MR : C’était plus pour des raisons personnelles. Mon mari souhaitait revenir en France, notamment pour son travail. Et pour ma part, la vie à Paris me manquait aussi donc ça tombait bien. J’avais toute confiance en mon successeur chez Mydeal et étais convaincue que l’aventure se poursuivrait très bien sans moi. Lorsque j’étais encore au Maroc, je suis entrée en contact avec Schibsted et j’ai vite compris que c’était un bon groupe. J’appréciais leur manière de travailler ; je connaissais déjà l’équipe, leur pragmatisme à la scandinave et les valeurs du groupe. Après quelques années chez MyDeal.ma j’ai décidé donc de reprendre le chemin de l’investissement chez Schibsted en France.

TNW : Quel est votre rôle chez Schibsted?

Schibsted est un conglomérat norvégien du secteur des médias avec une activité dans une vingtaine de pays, notamment en Norvège et en Suède. La société a son siège à Oslo et est cotée à la bourse d’Oslo. C’est le leader dans le secteur des « classified », leboncoin.fr en est un bon exemple. Le but est d’investir dans des startups dans lesquels nous pouvons avoir un impact en suivant et en développant un écosystème. L’activité a commencé il y a un an. Actuellement nous sommes une équipe de trois personnes. Nous avons fait deux investissements en France : MonsieurDrive.com et Prêt d’Union.

Mon rôle chez Schibsted est celui de coordinatrice ; je fais le lien entre la startup et le groupe. Schibsted investit dans une startup et l’accompagne sur le long terme, fait partie de leur ADN. Schibsted a 20 ans de savoir-faire et sa méthode a fait ses preuves car les startups que Schibsted accompagnent sont en bonne santé.

TNW : Comment choisir une startup ?

MR : Nous investissons dans les services B2C et également les services destinés au TPE et PME. Comme déjà évoqué, nous sommes très présents dans les “classifieds”, dans plus de 40 pays dans le monde. Nos investissements récents portent sur la comparaison de prix et le « personal finance ». A part l’investissement, Schibsted regarde s’il y a des synergies et des valeurs en commun entre la startup et le groupe.

TNW : Quel est votre plus grand challenge dans votre rôle aujourd’hui ?

MR : Aujourd’hui mon plus grand défi est d’aller plus loin et de bien jouer mon rôle. Il faut trouver le bon équilibre entre la coordination et l’opérationnel.

TNW : Quels sont vos conseils pour les femmes qui souhaitent créer leur entreprise?

MR : Créez votre société à plusieurs personnes, ce qui permet d’échanger et de devenir plus fort. C’est très enrichissant et constructif d’avoir plusieurs visions des choses. Puis, je trouve qu’il faut être ambitieux, sans devenir arrogant ; il faut être capable de se remettre en cause et de pouvoir dire que l’on s’est trompé.

TNW : Souhaitez-vous ajouter quelque chose?

MR : Oui, j’ai également cofondé Girls in Tech Paris en 2010. La mission de cette association est de mettre en valeur les femmes avec un angle entrepreneurial. Girls in Tech organise entre autre la « Lady’s Pitch Night », le concours européen réservé aux femmes créatrices de start-up. En France nous sommes une équipe bénévole de 10 personnes. Nous avons 3000 à 4000 membres et il y a 100 à 200 personnes qui viennent à nos événements. Girls in Tech est présent dans 60 pays.