Marie-Amélie Frère, co-fondatrice de Linotte, l’application pense-bête géolocalisé

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MAFrere_1Linotte est une application géolocalisée qui vous permet de ne plus rien oublier. Linotte se rappelle pour vous des lieux et adresses qui vous intéressent. Contrairement au bloc-notes qu’on peut retrouver sur de nombreux smartphones, Linotte permet de prendre des notes, mais en plus de retrouver les adresses grâce à des notifications géolocalisées. Ainsi, à chaque fois que vous vous retrouvez à proximité de l’adresse, une alerte est envoyée sur votre téléphone pour se rappeler d’un lieu où on souhait se rendre.

Voici le récit de notre interview avec Marie-Amélie Frère, co-fondatrice de Linotte, où elle nous explique son idée de créer Linotte, ses difficultés rencontrées durant la création de son entreprise et ses conseils pour les femmes qui souhaitent créer leur entreprise.

TNW : Quelles sont les raisons qui vous ont décidé à vous lancer dans la création de Linotte?

MAF: La Deuxième question est la première réponse. Il y a bientôt un an, j’ai reçu un mail dans ma boite Girlz In Web, l’association que je copréside actuellement (et dont le but est la mise en avant des carrière féminines du numérique). Ce mail écrit par deux hommes disait qu’ils étaient en train de monter un projet mobile et qu’ils souhaitaient renforcer leur équipe avec une femme orientée com’ et marketing. Je les ai rencontrés et on a commencé à travailler ensemble.

A l’époque je cherchais du travail à la suite d’un plan social dans ma dernière société et je ne trouvais pas. Trop femme, trop trentenaire, avec un CV plutôt original pour le secteur (j’ai un DEA de Lettres et un Master en Info-Com’). Quand ce mail est arrivé, je me suis dit « mais pourquoi pas, finalement? » et on a commencé tout de suite à travailler sur ce projet. Nous avons passé un peu plus de 3 mois tous les trois, et nous avons même présenté le Camping (l’accélérateur de start-ups de Numa). Nous sommes arrivés en finale, soit dans les 25 derniers sur 250 candidatures. Que nous n’ayons pas été pris dans ce programme nous a permis de nous rendre compte qu’un des trois n’avait pas la même vision ni ne mettait les mêmes moyens pour avancer. La décision a été difficile, mais nous avons choisi d’arrêter le projet et de travailler avec un des trois. Constantin Clauzel et moi avions envie de continuer à travailler ensemble : nous avons donc passé toutes les vacances de Noël, au téléphone à réfléchir à quel projet nous pourrions avoir. Nous avons eu une idée d’appli mobile géolocalisée dont le but était de servir d’historique « in situ » à des sites de bonnes adresses. Cette idée nécessitait d’être testée auprès de futurs utilisateurs. Nous avons utilisé la méthode Lean pour conduire des entretiens auprès de plusieurs personnes de notre entourage. Ils ont immédiatement fait changer notre projet ! Nous avons ensuite lancé un prototype en beta test et avons beaucoup appris des retours de nos testeurs. Puis nous avons fonctionné comme cela pendant 3/4 mois.

A ce moment, nous avons eu la possibilité de nous présenter à un programme qui démarrait juste, « The Cantillon » monté par des anciens de l’INSEAD et aidant les porteurs de projets ou les startups en early stage à apprendre les clés business et avoir une roadmap entrepreneuriale pour réduire au maximum les risques qu’on croise lorsqu’on monte sa boite. Chaque candidature était individuelle et nous avons été pris tous les deux (nous avons appris par la suite qu’il y avait eu plus de 350 candidatures pour 35 places). Cela a commencé en mai par 2 fois 4 jours très intensifs des cours de business de marketing, et de vente, en anglais, bien sûr ! Ces 8 jours ont pas mal ébranlé ce que nous savions et notre projet en cours.

Nous nous sommes rendu compte que nous partions dans la mauvaise direction et avons décidé de reprendre le projet à Zéro en lui changeant de nom et en le simplifiant au maximum. Linotte était née ! Nous avons donc lancé notre application de pense-bête géolocalisé fin juin, en très peu de temps finalement, mais quasiment 6 mois jour pour jour après en avoir eu l’idée d’origine. Entre temps, le nom avait changé 5 ou 6 fois, et le périmètre fonctionnel au moins 3 fois !

Comme vous voyez la genèse a été mouvementée cela m’a permis non seulement d’essuyer un premier échec entrepreneurial, toujours très formateur, mais surtout d’avoir la chance de rencontrer celui qui est actuellement mon associé, Constantin Clauzel. Constantin est un développeur hors pair passé par Epitech qui sait développer sur à peu près toutes les technos serveur, mobile et web et qui a une vision produit extrêmement fine. C’est lui qui a trouvé, entre autres, ce qui différencie vraiment Linotte des autres applications géolocalisées : les notifications push à proximité et qui les a mises en place techniquement.

TNW : Qu’est-ce que vous avez appris au cours de la création de votre entreprise?

MAF : Le plus difficile était d’admettre ses limites, et renoncer à quelque chose de proche et d’accessible pour espérer obtenir quelque chose mieux dans le futur (nous avons lâché notre ancien projet et tout repris à zéro : ça a donné Linotte. Nous avons obtenu de manière assez rocambolesque la liste des Journées du Patrimoine 2014 et nous nous sommes aperçu que nous n’aurions pas le temps de proposer un Carnet ad hoc pour nos utilisateurs avant le début de l’événement). Le plus sympathique est notre entourage, notre réseau est absolument épatant ! c’est incroyable l’effet Linotte sur les gens ! Tout le monde se propose de nous aider, spontanément ! On se sent non seulement entouré, mais également soutenus, et ça c’était tellement encourageant ! Le plus formateur est le projet en lui-même, le choix du lean startup qui permet d’apprendre directement de nos futurs utilisateurs eux-mêmes. Le fait également d’avoir suivi le programme The Cantillon sans qui Linotte ne serait probablement pas Linotte.

TNW : Quels sont les points forts de votre business? Quel est votre business model ?

Nos points forts : nous ne réinventons pas la roue. Nous ne voulons pas être Foursquare ou Yelp. Nous voulons que Linotte devienne le carnets d’adresses de votre téléphone, de la même manière que vous avez un carnet de contacts ou une application de musique. Un espace qui vous est absolument personnel et dont vous pouvez choisir le contenu à votre manière. Nous allons proposer Linotte en tant que plateforme pour les producteurs de contenu : que ce soient des blogueurs, des magasines, des chaînes ou des marques.
Chacun pourra créer son ou ses Carnets qui contiendront une sélection thématiques d’adresses ou de lieux et de données associées (liens vers les pages ou le site web de l’auteur du carnet, contenu additionnel, images, textes, etc).
Nous aurons également les adresses dont on a toujours besoin qui sont les lieux de sa vie de tous les jours : les crèches, les bibliothèques, les piscines, etc

Notre business model : l’application est gratuite pour les utilisateurs. Les marques et les chaînes seront invitées à créer des carnets avec l’ensemble de leurs magasins  ou leurs points de vente afin que les utilisateurs puissent les trouver IRL (In Real Life) : cet accès au service sera payant. Face à des stratégies digitales toujours plus larges, et conversationnelles, nous proposons un service qui répond à la logique du dernier kilomètre : après que les marques ont engagé leurs fans/clients sur les réseaux sociaux, comment vont-elles faire pour que ceux-ci les retrouvent dans la vraie vie ? Linotte a un rôle à jouer ici, en proposant d’intégrer les Carnets des marques dans l’environnement quotidien de nos utilisateurs.
Vous suivez le carnet de tel blogueur, tel magasine et tel arrondissement, pourquoi ne pas suivre le carnet de telle marque ? Vous êtes sûr de trouver, où que vous soyez le magasin, la marque que vous cherchez.
Nous envisageons également de proposer des Carnets à forte valeur ajoutée qui pourraient être accessibles aux utilisateurs en abonnement.

TNW : Aujourd’hui, votre application est disponible sur l’appstore. Quels sont vos projets (de développement) pour les mois à venir?

MAF : Nous avons lancé l’application fin juin sur l’appstore et puis, nous avons fait une mise à jour graphique qui est sortie la semaine dernière et dont nous sommes ravis. Nous travaillons sur notre V2 qui proposera les carnets dont je viens de parler. A ce moment-là, viendra le temps de réfléchir à une version Android ! Nos autres projets de développement sont d’une part d’agréger le plus de producteurs de contenu possible, quelles que soient leurs thématiques, et où qu’ils se trouvent (Linotte fonctionne déjà en 2 langues et dans le monde entier). D’autre part, nous allons commencer à démarcher des sociétés qui pourraient être intéressées par notre offre. Si vous en connaissez d’ailleurs, on est preneurs :). Nous allons également faire un gros travail en termes de com’ et de RP pour faire connaître le plus possible Linotte auprès du grand public.

TNW : Comment vous différenciez-vous par rapport à la concurrence ?

MAF : Nous sommes à Foursquare ce que le carnet d’adresses est à Facebook. On est quelque chose de basique, qui agrège des informations existantes. On est dans la simplicité, pas nécessairement le social. Foursquare et Yelp proposent des recommandations sociales pour leurs lieux. Nous, nous proposons des recommandations d’autorités et des carnets « vie pratique » que ces deux plateformes n’ont pas. Vous utilisez Foursquare et Yelp pour vos sorties : mais si vous voulez faire des courses dans un quartier que vous ne connaissez pas, vous diront-elles où trouver le marché ouvert le plus proche ? Linotte pourra le faire, en plus de vous donner des infos sur où sortir.

TNW : Quelle est votre plus grande réussite jusqu’à présent (dans votre business) ?

MAF : On y est pas pour grand chose, mais nous avons eu un article dithyrambique de Madame Figaro cet été sur Linotte. Alors même que l’application était vraiment dans sa version la plus minimale. Cela nous a non seulement permis d’avoir énormément de téléchargements, mais cela nous a également permis de nous rendre compte que notre application répondait à un vrai besoin.

TNW : Quels sont vos conseils pour les femmes qui souhaitent créer leur entreprise ?

MAF : N’ayez pas peur ! J’ai foncé d’une part parce que je me suis dit que n’ayant pas d’emploi, le plus simple était peut-être encore de le créer. Vue l’époque, la prise de risque est plutôt valorisée. Quitte à vivre dans un monde d’incertitudes, autant le choisir. Je n’aurai jamais osé me lancer si je n’avais pas été chez Girlz In Web. Mes années passées dans l’association m’ont montré que je n’avais pas à rougir de mon professionnalisme.  J’ai vu des tas de femmes se lancer, et je me suis dit : « pourquoi pas moi ? » En plus, Girlz In Web m’a permis d’acquérir un réseau professionnel plutôt large. Je n’ai pas réponse à tout, loin de là. Mais je sais à qui m’adresser pour obtenir des informations. Et ça c’est inestimable.

TNW : Souhaitez-vous ajouter quelque chose? 

MAF : Si vous avez un iPhone, téléchargez Linotte ! Sinon likez notre page FB. C’est simple, joli et efficace, que demander de plus ?