Béryl Bès, fondatrice de la plateforme de crowdfunding My Annona

Posted on Posted in Interviews

My Ann1289b70ona est une plateforme de crowdfunding dédiée aux femmes, créée par Beryl Bès, ancienne banquière chargée d’affaires d’entreprises.

Beryl a travaillé pendant 15 ans dans le secteur de la banque et de l’assurance avant de créer son propre cabinet de courtage et conseil dédié aux PME.
Proche des réseaux économiques féminins, elle prend conscience des freins qui existent et subsistent concernant l’accès à l’entrepreneuriat pour les femmes.

Elle s’implique alors dans la promotion des femmes dans ce milieu, afin de bouger les lignes, et de rééquilibrer le jeu entre vie privée et vie professionnelle.

TNW : Premièrement, qui êtes vous, et d’où vous est venue l’idée de créer cette plateforme ?

BB : Après 15 ans d’expérience bancaire, et notamment dans le financement de PME, j’ai décidé en 2009 de créer ma propre structure de conseil et courtage en banque et assurance.
Pour éviter l’isolement de créateur, je suis allée vers différents réseaux d’entrepreneurs.

N’y trouvant pas le soutien nécessaire, je me suis tournée naturellement vers les réseaux entrepreneuriaux féminins. Cela a été une révélation pour moi. Je pensais être l’unique responsable de mon parcours professionnel et, au final, de nombreuses femmes, cheffes d’entreprises avaient vécu des expériences similaires avec une injustice flagrante. Je me suis donc beaucoup impliquée pendant ces dernières 4 années dans ces réseaux pour faire bouger les mentalités concernant la place de la femme dans l’économie.

Je suis convaincue par l’extraordinaire potentiel du crowdfunding comme soutien au développement des entreprises de demain. Tout naturellement, étant donné mon parcours associatif, c’est devenu une évidence : je vais créer une plateforme de crowdfunding à destination de l’entreprenariat féminin. Mais je ne pouvais pas mener ce projet toute seule.
Une multitude de compétences sont requises. Ce n’est que la force d’un collectif qui pourra faire aboutir ce projet et faire bouger les lignes du financement des entreprises portées par des femmes!

L’idée est justement venue d’une de ces créatrices. Elle m’a demandé pendant un de nos rendez-vous de l’accompagner dans son opération de crowdfunding. En toute honnêteté, je lui ai rétorqué que je n’avais jamais fait un tel accompagnement.
Dans mon quotidien, j’ai accompagné beaucoup de femmes dans leur parcours de création d’entreprise. Depuis 2009, il est devenu de plus en plus difficile d’obtenir des financements et notamment bancaires pour soutenir les projets de création ou développement de start-up.
J’ai commencé à étudier le sujet du financement participatif, et je me suis rendue à la Fête du Crowdfunding à l’ESCP du 17 mai 2014. Il s’est dégagé de cette fête un tel dynamisme et optimisme que j’ai été prise par le virus…

TNW : Comment vous situez vous sur le marché du Crowdfunding, considérez vous les différentes plateformes comme des concurrents ?

BB : Je ne crois pas vraiment que ces plateformes soient des concurrentes. Nous sommes au début d’un marché, donc il y a encore de la place pour tout le monde, du moment que l’on respecte les règles du jeu et que l’on est compétent.
C’est un peu comme les débuts du e-commerce il y a 10,15 ans. Une plateforme sur trois devrait survivre dans 3 ans, et j’espère que MyAnnona fera partie des survivantes !
Maintenant, pour développer MyAnnona, il faut des partenaires, des projets qualitatifs, quelque soit le montant des campagnes

TNW : Justement, quels types de projets accueillez-vous ? Qu’est-ce qu’un bon projet ?

BB : Il n’y a pas de bons ou de mauvais projets. Chaque projet est important pour celle qui le porte et pour tous ceux qui y contribuent.
Ce sont des projets de proximité, dans l’art, la culture, la santé. J’espère qu’il y aura également des projets dans les nouvelles technologies, comme Hexoplus, par exemple.

TNW : Quelle est votre vision de cette méthode de financement ? Est-ce une alternative aux méthodes de financements traditionnelles ?

BB : Concernés par le financement d’entreprises, nous ne pouvons rester insensibles au développement du financement participatif. Internet est en train de révolutionner le financement d’entreprises. S’ouvre à nous un extraordinaire potentiel, le crowdfunding qu’il va falloir apprendre à maîtriser pour en faire une valeur ajoutée dans les années à venir.

L’ordonnance du 30 mai 2014 complétée par le décret du 16 septembre dernier fixe les règles du jeu en vigueur depuis le 1er octobre 2014 et offre au marché un cadre favorable. Ce qui est formidable dans cette nouvelle façon de voir l’économie, c’est que l’on va directement vers la foule et les consommateurs. Cette alternative de financement arrive aujourd’hui dans les entreprises en complément des financements institutionnels et privés classiques.
Il ne s’agit pas de mettre en concurrence les modes de financement mais bien de mutualiser ces forces dans une conjonction d’intérêts : le développement économique raisonné. Au-delà du financement, c’est un formidable moyen de se faire connaître, d’organiser une vente promotionnelle. Lorsque l’on maitrise et respecte les règles et la loi du crowdfunding, la seule limite est celle de la créativité !

” La créativité est contagieuse, faites la tourner” Albert Einstein

TNW : Cette envie d’aider les femmes à entreprendre, racontez-nous

BB : Lorsque j’ai lancé ma première activité il y ‘a 5 ans, et que j’allais dans des meetups, je ne me sentais pas à l’aise. J’ai rencontré l’association Agir avec elles, et j’ai croisé pleins de femmes, qui avaient cette même problématique. Je me suis beaucoup investie dans l’association, j’ai beaucoup lu et organisé des conférences sur ces thèmes.

Les femmes constituent aujourd’hui plus de la moitié de la population et représentent 60% des diplômés, mais seulement 10% des chefs d’entreprise en Europe.
C’est l’actif économique le plus sous-utilisé du monde (source OCDE).
Dans un contexte de crise économique, le développement de l’entreprenariat féminin est une véritable source de création d’emplois et de relance de croissance. MyAnnona est née pour dépasser les principaux freins à l’entrepreneuriat chez les femmes.
Le financement participatif est une source de financement alternative et complémentaire, un outil de promotion et de mise en avant, un vrai levier de croissance pour l’entreprenariat féminin.

Développer MyAnnona, c’est pour moi apporter ma micro pierre à l’édifice : Aider les femmes à faire partie de l’économie, à développeur leur activité. MyAnnona n’est d’ailleurs pas réservé aux femmes (les projets sont acceptés dès lors qu’une femme est associée ou fondatrice). Le but est de donner les mêmes moyens aux femmes, de leur permettre d’oser défendre leur point de vue et d’être dans un écosystème bienveillant.

TNW : Quels sont les déclics, ou épreuves qui vous ont fait devenir une entrepreneure ?

BB : Les épreuves de la vie, parfois difficiles, qui m’ont donné envie d’apporter de l’utilité et du sens à mon existence, pour moi, et pour les autres. Ce dont je me rends compte, c’est que lorsqu’ils sont en complète cohérence avec leurs actions, les gens sont efficaces. Il faut les aider à trouver cette cohérence entre ce qu’ils sont, et le résultat économique qu’ils veulent investir.

TNW : Myannona dans 10 ans ?

BB : Une référence mondiale dans le crowdfunding féminin ! (Rires)